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Il n'est qu'un exemple de plus du dysfonctionnement judiciaire américain. A 30 ans, Kenneth Foster s'apprête à être exécuté au Texas
pour un crime qu'il n'a pas commis. Malgré les efforts de la communauté internationale, les chances de le voir échapper à la peine capitale sont minces. L'incompréhension grandit. Foster paie les
frais de n'avoir été qu'un simple témoin.

Kenneth Foster fait partie de ceux qui connaissent l'heure de leur mort. A 30 ans, cet afro-américain détenu au Texas dans le célèbre département des condamnés à mort de
Polunsky Unit, devrait être exécuté jeudi, "vers 18 heures". Une sentence qu'il appréhende depuis dix ans, date de son incarcération, et dont les détails lui sont parvenus au mois de
mai.
Son erreur ? Avoir conduit une voiture qui abritait un meurtrier. Avoir assisté malgré lui, à l'assassinat d'un homme. Une présence qui lui coûte cher. Condamné par association pour un crime
qu'il n'a pas commis par le tribunal de San Antonio, son cas inquiète et met en lumière les failles du système judiciaire américain. Ce soir d'août 1996, accompagné de quelques collègues, Kenneth
Foster conduit un véhicule dans les rues de Houston lorsque Mauriceo Brown, l'un des passagers, décide de sortir du véhicule pour aller aborder une fille qu'il connaissait.
La jeune femme, accompagnée de son ami, n'aura rien pu faire pour éviter le drame. Quelques minutes plus tard, Mauriceo abat Michael Lahood, les quatre hommes seront appréhendés dans la nuit et
resteront en prison. Si le meurtrier écope de la peine capitale, Foster est loin de s'attendre à un traitement identique. Mais la sentence est la même, le conducteur est déclaré coupable de
n'avoir pas su anticiper le crime et d'avoir pris la fuite. Mauriceo a été exécuté en juillet 2006.
Un condamné à mort qui n'a jamais tué personne
La sentence, justifiée par une "loi des parties", qui permet d'attribuer à un acteur secondaire, une peine identique au coupable du délit, devrait donc être appliquée jeudi, malgré
de vives réactions de la part de la communauté internationale. Le Texas, qui compte déjà 19 exécutions depuis le début de l'année - portant le nombre total d'exécution a 400 depuis 1976 -, fait
la sourde oreille, seul le gouverneur Ricky Perry serait capable de gracier Foster. Les chances sont infimes.
Victime d'une justice arbitraire, Foster reste lucide sur son sort. Lors d'un entretien accordé au Monde, paru le 4 août, l'homme, humble, attend dans le couloir de la mort confessant
qu'il n'a pas de haine, du moins, qu'il n'en a plus. "Cette machinerie, une fois lancée, est très difficile à arrêter. Chaque peine capitale est un recul, une défaite pour la société",
avait-il déclaré aux journalistes français.
Malgré les efforts - cinq demandes de jugement en appel, toutes refusées - l'accusé reste lucide, pour lui, les dés sont jetés. Mais le monde ne l'oublie pas pour autant. Depuis des mois,
associations et personnalités publiques prennent la parole pour dénoncer une injustice, les élans solidaires se créent naturellement sur la Toile, comme sur le site YouTube, qui abrite une
célèbre vidéo de soutien à Kenneth Foster, coupé du monde.
"Tu devrais avoir honte, Texas"
Récemment, l'écrivain Claude Ribbe a publié sur internet un texte en l'honneur de son "ami". Il a même écrit au président Sarkozy. "Dans ton cas, la peine de mort est d'une
injustice révoltante. Tu serais coupable d'avoir laissé faire. Et c'est pour cela que le bourreau du Texas va te tuer, toi aussi. Et moi, si je ne fais rien pour qu'on ne tue pas, alors que ta
mort est plus que 'prévisible', ne serai-je pas coupable à mon tour ?", pouvait-on lire sur le blog lemague.net.
Dans son édition de mercredi, Libération consacrait une tribune à l'ancien ministre de la Culture, Jack Lang, qui a appelé les médias internationaux à la mobilisation. "Il apparait
invraisemblable au commencement du XXIe siècle, qu'un homme soit condamné pour avoir été le témoin d'un crime. Le juge devient l'assassin", s'est exclamé le nouveau vice-président de la
commission pour une rénovation des institutions.
Mais le témoignage le plus précieux, et sans doute, le plus poignant, vient de sa fille âgée de 11 ans, qui lors d'une manifestation de soutien, a fait preuve d'un courage exemplaire. "Tu
devrais avoir honte, Texas, nous faisons tous des erreurs, même toi", a-t-elle lancée devant la foule selon le quotidien Le Monde.
Le compte à rebours a commencé.
Cette nouvelle exécution passera-t-elle encore une fois inaperçue ?
Par Sabrina BESTANI pour leJDD.fr
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