Jeudi 30 août 2007
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Du prix des produits alimentaires à la TVA sociale en passant par la franchise médicale, la rentrée sera rude pour les
consommateurs.
Avant même d’être prononcé, le discours de Nicolas Sarkozy, devant les patrons réunis à l’université d’été du Medef, a été hier
qualifié, par son porte-parole de «grand discours de politique économique qui marquera la deuxième phase des réformes».
Alors que tous les ministres du gouvernement montent successivement au créneau pour tenter de dégonfler l’inquiétude grandissante des Français vis-à-vis de l’évolution de leur
pouvoir d’achat, le président de la République va, lui, se réserver le chapitre sur «le renforcement de la compétitivité de l’économie française». Une façon de contourner un sujet qui
fâche.
Or au moins quatre menaces potentielles planent au-dessus du pouvoir d’achat des Français.
Explication.
La hausse des produits alimentaires
C’est le sujet brûlant de la rentrée et la «priorité», entend-on, du gouvernement.
Face aux augmentations constatées ou à venir d’une flopée de produits et services de base, le pouvoir d’achat des Français semble menacé de toutes parts. Du prix ô combien emblématique de la
baguette qui répercute la flambée des cours du blé à la hausse des loyers, de l’essence ou du tabac, la valse des étiquettes fait mal au moral des ménages.
En réaction, le gouvernement multiplie les annonces afin de tenter de désamorcer la grogne.
La question de la vie chère constitue le maillon faible du tandem Sarkozy-Fillon puisque selon un récent sondage TNS-Sofres, seulement 28 % des personnes interrogées considèrent l’action
du gouvernement efficace dans ce domaine contre 68 % d’un avis contraire.
Dès dimanche, François Fillon montait au créneau en promettant «de lutter contre certains abus des opérateurs téléphoniques». De son côté, le
ministre de l’Education, Xavier Darcos, a enjoint les enseignants de faire en sorte de minimiser la facture des fournitures scolaires. Le secrétaire d’Etat à la Consommation, Luc Chatel, y est
aussi allé de son couplet hier en demandant de la modération dans les hausses de prix. «On ne peut pas toujours aligner à la hausse et jamais à la baisse les répercussions des cours des matières
premières», a-t-il déclaré en citant les exemples du pain et du lait.
Une agitation bien artificielle selon les économistes.
«Ils prennent le problème par le mauvais bout, juge Nicolas Bouzou, d’Asterès. Le manque de pouvoir d’achat ne vient pas d’une inflation trop élevée mais de salaires trop bas et
directement dépendants du taux de chômage.» Un constat qui n’empêche pas les économistes de reconnaître que la hausse des produits frais (7 à 8 % du panier de la ménagère) n’est pas de
nature à remettre en cause le bas niveau de l’inflation.
Le débat sur la TVA sociale
Cette maudite TVA sociale n’en finit pas de déchirer la majorité.
Et les menaces sur l’état de santé de la consommation française sont en train de redonner quelques munitions à ses plus ardents opposants.
En début de semaine prochaine, Eric Besson, remettra son rapport d’évaluation à François Fillon. Après plusieurs semaines de travail et deux voyages d’étude (en Allemagne et en
Scandinavie), l’ex-député socialiste est ressorti en avocat convaincu de la mesure.
Avec un argument : en compensant la baisse d’une partie des cotisations patronales par une hausse de 5 points de la TVA, la mesure devrait
booster «la compétitivité» des produits made in France.
Mais quid du risque d’emballement des prix et donc de baisse du pouvoir d’achat des Français ?
Dans son rapport, Besson assure que la mise en place en début d’année d’une TVA sociale en Allemagne n’a pas relancé l’inflation, comme l’avaient redouté beaucoup d’économistes.
«Mais les taux de profit des entreprises françaises sont moins bons que ceux de leurs homologues allemandes. Donc certaines pourraient être tentées d’augmenter leurs prix pour restaurer leur
marge», concède un membre du gouvernement.
Que va décider Sarkozy ?
Il lui faudra arbitrer entre deux écoles : les partisans de la mesure, emmenés par son conseiller Henri Guaino, et de nombreux opposants, dont Pierre Méhaignerie.
Vers une hausse des taux ?
Matignon et Bercy s’interrogent : comment contenir la crise financière née aux Etats-Unis et qui gagne la planète.
Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, et François Fillon, son Premier ministre, vont aujourd’hui rappeler les banquiers à leur devoir et à leur mission : celui de financer l’économie. Car
le gouvernement craint qu’ils ne ferment le robinet à crédit, pour les PME comme pour les candidats à l’accession à la propriété. Avec le risque de planter pour de bon la croissance, alors que la
BCE laisse encore planer, pour la semaine prochaine, le doute d’un énième relèvement des taux (et donc un renchérissement du coût du crédit).
Or les taux d’intérêts sont déjà à la hausse. «On empruntait à 3,25 % - et même à 2,9 % pour les prêts sur quinze ans -, en octobre 2005, rappelle Christophe Cremer, le patron de Meilleur
taux, un courtier en prêts immobiliers. Et on est à 4,6 % aujourd’hui.» Soit une mensualité boostée de plus de 10 % !
Mauvaise pioche pour ceux qui se sont endettés à taux révisable. Ils sont peu nombreux - autour de 10 % des emprunteurs -, mais «ce sont les plus fragiles». Le cadeau du taux d’appel - le taux
est minoré les deux premières années -, se transforme en petit piège aujourd’hui, en pouvant frôler les 6 %.
Des nouvelles franchises médicales
Pour combler le déficit de l’assurance-maladie (6,4 milliards d’euros prévus en 2007), Sarkozy a annoncé début août la création de trois
nouvelles franchises non remboursées :
50 centimes d’euros par boîte de médicament,
50 centimes également sur tous les actes paramédicaux,
et 2 euros sur les transports en ambulance.
Celles-ci s’ajouteraient aux franchises instaurées en 2004, de 1 euro sur les actes médicaux et de 18 euros sur les actes hospitaliers d’un montant supérieur à 91 euros.
Ces mesures sont contestées, syndicats et associations de défense des patients les jugeant contraires aux principes de solidarité de la Sécurité sociale. Elles pourraient par ailleurs
avoir un effet négatif sur la consommation, les ménages modestes étant contraints de renoncer à des achats pour faire face à des dépenses de soins non remboursées.
Par Christophe Alix, Grégoire Biseau, Catherine Maussion et François
Wenz-dumas
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