Cécilia Sarkozy ne sera pas "contrainte" de témoigner par la commission d'enquête parlementaire
sur la libération des soignants bulgares en Libye, mais elle portera avec Nicolas Sarkozy "la responsabilité" d'un refus, a déclaré dimanche Pierre Moscovici (PS), qui devrait présider la
commission.
"Mme Sarkozy a des choses à dire. Elle les dit à l'Est Républicain (auquel Mme Sarkozy a donné un entretien, ndlr). Qu'elle vienne les dire devant la représentation nationale. Mais qu'on en fasse
pas une affaire. Si elle ne veut pas venir les dire, elle ne viendra pas les dire. Mais elle en portera, et le président de la République avec elle, la responsabilité", a déclaré le député
socialiste au Forum Radio J.
"Il apparaîtra qu'ils ne veulent pas s'expliquer là-dessus, c'est tout", a-t-il dit, en estimant "juridiquement imparable" le fait que la commission ait la possibilité de convoquer et d'entendre
Mme Sarkozy.
"Je ne la contraindrai pas à faire des choses qu'elle refuserait", a-t-il déclaré. "La commission ne doit pas être une commission Cécilia", a-t-il souligné, estimant que l'implication de l'épouse
du président était "une affaire parfaitement secondaire".
L'Elysée a exclu, au nom de la "séparation des pouvoirs" l'audition de Mme Sarkozy, réclamée notamment par la gauche.
M. Moscovici, secrétaire national PS aux relations internationales, a estimé que la commission pourrait entendre Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée qui a également fait le voyage
à Tripoli, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner et Seif Al-Islam, fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a "joué un rôle".
L'enquête devra aborder trois questions "essentielles", a estimé M. Moscovici.
"Dans quelles conditions ces infirmières ont-elles été libérées, éclairer ce qui a été le rôle de l'Union européenne, ce qui a été le rôle de la France, ce qui a été le rôle d'autres
acteurs, par exemple le Qatar", a-t-il affirmé.
"Y a-t-il eu contreparties, et ces contreparties sont elles légitimes", a-t-il poursuivi, citant des contreparties financières, de nature militaire, et nucléaire.
Enfin, "quelle est la nature de nos relations avec la Libye, quel est le degré de confiance que nous devons avoir dans ce régime", a-t-il ajouté, regrettant qu'on "oublie" que la détention des
infirmières s'apparentait selon lui à une "prise d'otage".
"Je trouve ça extrêmement immoral de tresser des lauriers à celui qui a pris des otages parce qu'il les a libérés", a déclaré le responsable socialiste, soulignant que "ça ne veut pas dire
qu'on ne devait pas faire tous les efforts nécessaires pour la libération des infirmières".
L'Assemblée nationale doit examiner jeudi les propositions du PS et du PCF sur la création de la commission d'enquête. M. Moscovici est pressenti pour en assurer la présidence, mais les 30 membres
appartiendront dans leur majorité à l'UMP.
Une polémique avait éclaté en France sur la libération des infirmières, notamment sur d'éventuelles contreparties en matière d'armements et de nucléaire civil, des contrats ayant été signés
à l'occasion d'un voyage de M. Sarkozy en Libye au lendemain de leur élargissement.
Le rôle de Mme Sarkozy, qui a effectué deux voyages en Libye comme "envoyée personnelle" de son mari et a raccompagné les infirmières à Sofia à bord d'un avion officiel français, a également
suscité la controverse.
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