Il n'y avait pas que l'humoriste Jean-Marie Bigard, célèbre pour son "lâcher de
salopes", à accompagner Nicolas Sarkozy dans sa visite à Rome. Il n'y avait pas non plus que la mère de Carla Bruni à assister à la "célébration
pour la France" donnée en la basilique de Saint Jean de Latran. Deux personnalités politiques étaient en outre du voyage au Vatican, bien en vue.
Jean-Claude Gaudin et Dominique Perben, autrement dit le maire sortant de Marseille et le challenger lyonnais UMP du socialiste Gérard Collomb.
Leur foi chrétienne ne fait aucun doute, leur passion pour le pape non plus. Pas plus qu'on ne pouvait mettre en question la sinophilie de François de Panafieu lorsqu'elle participait au
déplacement du chef de l'Etat en Chine. Mais chacun de ces voyages est en fait l'occasion de mettre en avant, en vedette, une ou un candidat de la majorité en lice dans la campagne municipale.
Voilà une bataille qui ne connaît pas et ne connaîtra pas de trêve.
Nicolas Sarkozy a décidé de s'engager à fond pour que cette élection ne tourne pas au désaveu voire au désastre. Il est vrai que cette échéance se présente mal. Très mal. Car les précédentes
municipales de mars 2001 avaient été bonnes, même excellentes pour la droite, et les élections intermédiaires sont souvent l'occasion de manifester son mécontentement contre le pouvoir en
place. Nombre de maires qui n'ont pas eu le temps d'asseoir leur autorité pourraient faire les frais de ce rejet éventuel.
Un certain nombre de villes sont d'ores et déjà considérées comme perdues, en raison des excellents scores de Ségolène Royal à la présidentielle, notamment dans l'ouest (Quimper, Caen,
Saint Brieux, Rouen). D'autres cités d'importance sont menacées par la gauche, telles Strasbourg ou même Toulouse sinon Bordeaux, où Alain Juppé a été défait lors des dernières
législatives. Mais Marseille n'est pas tenue pour totalement sûre.
Les sarkozystes redoutent en effet l'usure du tenant du titre, Jean-Claude Gaudin qui avait donc bien besoin de la bénédiction papale et de ses images saintes pour contenir l'offensive
virulente du mécréant et socialiste président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et candidat à la mairie, Jean-Noël Guérini. Mais il ne suffit pas d'essayer de sauver les meubles et les
villes déjà acquises à la majorité. Le Président ambitionne davantage.
Nicolas Sarkozy veut conquérir Lyon. Toutes les forces de l'UMP ont été mobilisées pour arracher cette ville fondamentalement de centre droit à la gauche. Ce qui permettrait, le soir des
élections, quels que soient les autres résultats, de passer pour les vainqueurs. Nicolas Sarkozy tient à cette conquête au point d'avoir surmonté ses dissentiments.
Le Président n'aime guère, en effet, Dominique Perben, qu'il qualifiait « d'énarque mollasson » du temps où ce dernier occupait la place Vendôme, le
ministère de la Justice, et lui la place Beauvau, le ministère de l'Intérieur. Les conflits de frontières n'avaient pas manqué, et le chef de l'Etat ne l'a pas repris dans son équipe
gouvernementale.
Il n'empêche, Nicolas Sarkozy met tout en œuvre désormais pour l'aider. Ainsi s'est-il occupé personnellement du cas de Michel Mercier, le sénateur Modem du Rhône. Il se l'est attaché, comme
Jean-Marie Cavada à Paris, en lui promettant un poste de ministre. Or, à Lyon tout particulièrement, le Centre est décisif, qui avait d'ailleurs assuré la victoire de Gérard Collomb en 2001. Ce
socialiste modéré ne bénéficie plus non plus de l'appui actif de Raymond Barre qui s'en est allé disputé Dieu et les anges. Et Dominique Perben est en passe de réussir ce qui avait raté au
précédent scrutin : l'alliance de la droite milloniste, des sarkozystes et des centristes.
Ce n'est pas sûr que ce grand écart suffise. Car Collomb a un bon bilan.Très discret à Paris, ce socialiste est un homme d'ordre et d'aménagement entre Rhône et Saône. Il s'est lui-même
arrondi, épaissi. Ça roule plutôt bien pour lui qui a inventé « Velove » avant le « Velib » parisien. Enfin, même s'il n'y est pour rien, l'Olympique Lyonnais joue tellement mieux que le
PSG…
On comprend donc que Perben ait fait le pèlerinage à Rome. Mais il en faudra d'autres et sans doute des voyages de Sarkozy à Lyon et à Marseille. Car Jean-Claude Gaudin se représente pour son
troisième mandat alors que Gérard Collomb tente son second.
Or, il est une loi en politique électorale qui se vérifie souvent : un second mandat, dit-on, « c'est dans un fauteuil », mais le troisième,
c'est souvent celui de trop.
Vite une petite prière ! Une grande même, avec les caméras...
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