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Aurélie Filippetti - Députée PS de Moselle.
L'interview d'Aurélie Filippetti au journal luxembourgeois "L'essentiel".
«Pour Gandrange, il faut une réponse européenne»
L'essentiel : Pourquoi voulez-vous interpeller Jean-Claude Juncker pour ArcelorMittal Gandrange ?
Aurélie Filippetti : Parce que Jean-Claude Juncker, fils de sidérurgiste, peut être un atout de poids et parce qu'il faut un regard transfrontalier sur la sidérurgie. Face à certains comportements de grandes multinationales, il faut une réponse collective, une réponse européenne. Nous ne devons pas accepter la mise en concurrence de sites, de régions et de pays. Sinon, nous nous condamnons à aller d'une délocalisation à une autre. Je suis une Européenne convaincue comme Jean-Claude Juncker dont la voix porte en Europe. Tous ensemble, nous pouvons avoir plus de poids devant les multinationales.
Est-ce que ce n'est pas un combat perdu d'avance ?
Certainement pas car l'Union européenne dispose de moyens de pression, ne serait-ce qu'avec les quotas de CO2. ArcelorMittal en a besoin pour rouvrir le haut-fourneau n°6 à Liège après avoir fait une sorte de chantage au CO2 en Lorraine il y a quelques temps. Nous pouvons aussi exiger le remboursement des nombreuses subventions touchées étatiques pendant des années. Nous avons le droit de demander des comptes de ce qu'ils font d'un héritage industriel auxquels les efforts des ouvriers et de leurs familles ont très largement contribué. On ne peut pas prendre des décisions aussi brutales sans aucune concertation avec les autorités politiques.
En quoi la décision d'ArcelorMittal de supprimer 595 emplois à Gandrange vous scandalise-t-elle ?
Parce que la direction n'a même pas étudié le contre-rapport élaboré par un cabinet indépendant à la demande des syndicats et de la présidence de la république. Nicolas Sarkozy avait beaucoup promis le 4 février, il n'a pas beaucoup agi ! Les experts du cabinet Syndex, ont rendu un rapport remarquable et édifiant qui montre les erreurs de Mittal dans la gestion erratique des ressources humaines dans l'entreprise, l'absence de gestion prévisionnelle des nombreux départs en retraite, l'absence de formation des salariés, la perte de savoir-faire consécutive aux départs liés au dispositif de la loi Fillon 2003. Aucun processus de transmission de savoir-faire entre ceux qui partent et les nouveaux arrivants n'était prévu en interne. Le rapport pointe aussi l'absence cruelle d'investissements dans l'outil de production, qui a été tout juste entretenu pendant des années et qui nécessite maintenant une quarantaine de millions d'euros d'investissements. Ce chiffre est à mettre en regard des 55 millions que coûtera à Mittal la fermeture du site, et surtout des 7,5 milliards de bénéfices réalisés par la multinationale en 2007.
Vous en avez gros sur le cœur ?
Oui. Alors que l’acier est aujourd’hui l’industrie au monde la plus rentable, il ne peut y avoir aucun justificatif économique à la fermeture de Gandrange. Alors que l'acier est l'industrie la plus rentable au monde aujourd'hui, que jamais ses prix et la demande n'ont été aussi élevés, ArcelorMittal reproduit les comportements les plus aberrants et les plus ignominieux des anciens maîtres des forges des années 70, lorsque la sidérurgie était en crise.
Que voudriez-vous dire à Lakshmi Mittal si vous l’aviez en face de vous ?
Quand une entreprise commet des erreurs, elle doit les corriger et non les faire payer à ses salariés et à toute une région. On n’a pas non plus pas le droit de mépriser des salariés, des populations et des élus.
L’avenir industriel de la Lorraine vous inquiète-t-il ?
Oui, car si ArcelorMittal ferme l'aciérie électrique et le train à billettes de Gandrange, le laminoir suivra. Et ce sera le tour du centre de recherches mondial à Maizières-les-Metz, puis du site de Florange. Si on vidait la Moselle de sa sidérurgie, non seulement on la paupériserait, mais surtout on lui ferait perdre son histoire et un savoir-faire humain acquis au fil des décennies.
Denis Berche
Pour sauver l’aciérie ArcelorMittal à Gandrange, une manifestation est prévue le jeudi 3 avril, à 15h, devant la
Préfecture de Metz.
Aurélie sera l'invité des 4 vérités,
lundi 7 avril , sur France2 de 7h45à 8h00
Source : Le blog d' Aurélie Filippetti

"Si être socialiste, c’est d’abord et avant tout vouloir la justice, combattre les
inégalités de toutes sortes, alors il n’y a peut-être jamais eu autant de raisons d’être socialiste qu‘aujourd‘hui ! "
Ségolène Royal.
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