Mardi 22 avril 2008
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18:32
Cela faisait longtemps que Rachida Dati ne s'était pas fait tirer le portrait.
Son ambition, son rouge à lèvres, ses chaussures, sa taille de guêpes : dans son «supplément Ado», Le Figaro ne s'interdit aucune question délicate.
Pour un portrait avantageux, Le Figaro est là.
«Rachida Dati se détend, s'illumine. Pendant
l'essentiel de la conversation, elle est restée sur ses gardes. Prudente. Méfiante. La vie est un combat. Elle, une ministre sur un champ de mines. Exposée, surexposée. Mais volontaire. Elle
avance sur la pointe des pieds. Ça tombe bien, elle collectionne les chaussures, lit-on dans la presse. Et alors ? «Je suis une femme». Bonne réponse».
Evidemment, qui dit femme dit naturellement chaussures. Mais Rachida Dati n'est pas seulement «une femme». Pour Le Figaro,
Rachida Dati est «LA femme» de son époque : collectionneuse de chaussures certes, mais sise «en son palais ministériel, place Vendôme : taille de guêpe, silhouette adolescente, toute de noir vêtue. Pour la première fois dans l'histoire du moins celle de la Ve
République, c'est sous un roseau que l'on rend la justice». Roseau ? Peut-être. Pensant ? Pas sûr.
«La une des magazines comme on fait la guerre».
Bertrand de Saint-Vincent, l'auteur de cette prose aux airs naïfs de presse adolescente, voit même en elle un modèle. Pas seulement d'intégration, «de mode,
aussi. Elle a fait la une de tous les magazines comme on fait toutes les guerres, jusqu'à celle de Paris Match. En robe Dior». (NDLR : la rédaction de Marianne2.fr sera attentive à
toute contribution susceptible de l'éclairer sur cette figure de style relativement obscure mais néanmoins sympathique expliquant que Madame Dati «a fait la
une de tous les magazines comme on fait toutes les guerres»).
L'auteur, qui se veut poète, ne voit aucune limite aux ambitions de sa muse : «Son parcours est unique, son toupet insolent ; sa chance programmée. Elle ne
doit rien au hasard». Mais n'est pas Baudelaire qui veut. «Derrière son bureau, frémissante et guerrière, elle paraît minuscule. Un
oiseau».
Frivole, petit oiseau…
Chez Dati, pas un couac.
L'auteur est oublieux, également.
Passé la litanie de toutes les réformes naturellement réussies par sa chère et tendre interlocutrice, elle ose : «pas un couac, pas une petite
phrase». Comme si la grogne des députés UMP, aujourd'hui à son zénith, n'avait pas été initiée par la réforme des tribunaux. Comme dans un rêve, Bertrand de Saint-Vincent ne se
réveille toujours pas.
Mimant son mentor Sarkozy, elle tapote sur son portable et envoie des SMS quand les questions l'ennuient.
Pas un mot non plus sur ses frais de représentation. Sublime, ambitieuse, insolente, brillante, superficielle plus qu'à son tour et en plus collectionneuse de chaussures : Rachida Dati
brossée en Barbie superwoman Garde des Sceaux. On en reprendrait presque.
Mais Paris s'éveille tandis que Le Figaro se languit toujours dans les bras de Morphée…
Même Rama Yade se serait plainte de sa vacuité, confiant cette semaine «Je n'ai aucun problème avec Rachida Dati, mais nous n'avons pas la même façon de
faire de la politique, ni les mêmes centres d'intérêt. J'ai essayé de partager avec elle ma passion pour l'histoire de la Ve République, mais elle ne s'intéresse qu'aux robes, qu'aux
soirées».
Professionnelle du rouge à lèvres.
Encore quelques lignes, histoire d'encombrer un peu plus la page déjà toute dégoulinante de bling-bling: «Elle dit qu'elle est heureuse, qu'elle aimerait que
ça dure. Elle sait que cela n'aura qu'un temps. «Être un symbole, murmure-t-elle, vous expose». Elle sourit, fixant son nouvel objectif : celui du photographe. Elle remet du rouge sur
ses lèvres ; professionnelle…».
Si en plus, Le Figaro s'intéresse à l'essentiel…
Par Ghis
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Publié dans : "Humour" et/ou "dérision"
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