


On me pardonnera d’utiliser ce titre « jospinien » (j’y reviendrai plus tard...), mais je retombe dans ma manie d’écrire aux amis connus et inconnus. J’écris peut-être parce que
j’étouffe ! Ou j’écris parce que c’est une tendance incurable ? Allez savoir...
Il est temps d’en venir maintenant à l’ouverture des débats dans le parti. Je vais m’interroger avec vous sur les points suivants :
1- La préparation de la Convention Nationale et les modifications statutaires ;
2- L’organisation du barrage à l’action de Ségolène Royal (dans le parti et en dehors de celui-ci ; donc à l’UMP...) ;
3- Des “questions de fond“ qui apparaissent — peu à peu — parfois, ou souvent, très timidement.
1- Donc, le 29 mai, les adhérents du PS
voteront (pour approuver ?) un ensemble de modifications statutaires placées sous le sigle “Vivre ensemble“ — qui n’est pas exactement de
pure forme ! Une commission a travaillé sur le rythme des Congrès, le fonctionnement du Conseil national, le seuil de représentation, la création d’un “Conseil des territoires”,
etc.
Ces propositions sont en général de bon sens, mais lorsque F. Rebsamen écrit : “Avec la proportionnelle poussée à son paroxysme, le fonctionnement du Conseil National génère des insatisfactions“, il reste très en deçà des réelles et catastrophiques conséquences de la proportionnelle — donc de la subdivision du PS en courants autonomisés. J’y reviendrai plus tard mais, dès maintenant, je déplore que la tout- puissance des courants ait interdit qu’on aborde réellement la modification de ce système mortifère.
Le texte proposé au vote du Conseil National dit (point 3) : ”La cohésion du Parti socialiste tient pour une grande part à son mode de fonctionnement à la proportionnelle. Il n’est pas question de revenir sur cet acquis démocratique ; néanmoins on peut s’interroger sur son seuil de déclenchement. “
Cette proposition est un pur chef-d'oeuvre de pensée bolchevique puisque, sous prétexte d’améliorer le fonctionnement du PS, on inscrit comme un dogme constitutif du PS le principal obstacle au développement réel du Parti... C’est grotesque et dangereux car c’est le système de l’immobilisme et de l’unanimisme.
La démocratie est construite sur la notion de majorité — donc de son corrolaire, la minorité. L’unanimisme est totalitaire et entraîne, en permanence, le ralliement de la majorité aux options de la minorité !
L’épisode imbécile du vote des militants sur la constitution européenne en a été le plus récent exemple...
Donc nous voterons le 29 Mai. Nous tenterons de reconstruire un beau pont, mais
sans inventorier les piles pourries ! En effet, la principale question n’est pas soumise au vote des militants : les responsables des courants leur ont volé, encore une fois, la
parole...
2- L’organisation du barrage à l’action de Ségolène :
2.1- Dans le Parti : une nouvelle ligue “anti-Ségolène” se constitue. Comment peut-on, en effet, lire le texte signé par B. Delanoë et beaucoup de
Parisiens autour (on ne peut pas dire autre chose) de L. Jospin ? Ce texte, et ceux qui vont prolonger l’initiative, s’inscrit pour “faire valoir les
différences politiques non négligeables“ qui le séparent de Ségolène Royal. Bien ; cela est le jeu. Le retour à Jospin comme avenir est sans doute du niveau du gag, mais “Lionel” ne s’en rend pas
compte !
Il vaut mieux, évidemment, un choc de débat frontal que les manoeuvres sournoises. Mais, soyons-en assurés, nous aurons les deux !
Il faut aussi noter — tout n’est pas négatif — que M. Collomb, Maire de Lyon, excellemment réélu et Sénateur, a rédigé pour ses pairs (les élus du PS) un court texte de réflexion sur la civilisation urbaine et la gestion ; ce texte est un véritable apport au débat pour l’avenir...
2.2- En dehors du parti, c’est le déchaînement de la bêtise et de la médiocrité à l’initiative de Sarkozy — on le sait maintenant. L’utilisation de
“l’affaire“ des ex-assistantes parlementaires avait connu une première montée au front du sinistre Raffarin. Maintenant, donc, c’est ostensiblement Sarkozy qui lance tout son parti dans ce
bourbier ! Il faut rappeler — pour mémoire, car cela dure depuis plus de dix ans — que c’est une manoeuvre interne au PS d’adversaires de courants (on y revient toujours !) qui a conduit les
ex-salariées de Ségolène à ne pas accepter de compromis et à actionner la justice...
3- Et les “questions de fond“, camarades !
Tout le monde sait qu’il faut toujours aborder ces questions ; manière de souligner que ce qu’on est en train de dire est... nul et sans objet. Donc, dans toute intervention, placez les “questions de fond“! J’en ai trouvé quatre pour aujourd’hui. Les voici.
1- ”Les élus constituent la force principale du PS“.
Il est de bon ton de déplorer cette réalité et d’opposer le grand nombre d’élus au petit nombre — relatif — de militants. Je crois que cette attitude est erronée. On l’a vu récemment quand on a pris les dispositions utiles pour avoir beaucoup de militants (les “20 euros“)...
Certains se sont acharnés à les faire partir... et ont réussi.
Bon, donc on a beaucoup d’élus ! Pour moi, c’est tant mieux, car les élus constituent le seul groupe politique dans lequel on travaille réellement à la compréhension de la société et à la satisfaction de ses besoins. Dans la société actuelle, ce n’est pas mineur !
Certes, les élus ont des manies critiquables (dont celle de vouloir être réélus !) mais quelle est l’influence réelle des ”simples” adhérents sur la marche de la société ?
Cela est bien une question de fond. Non ?
2- L’héritage marxiste-léniniste.
Je suis de ceux qui considèrent que le petit texte suivant devrait être inscrit dans la nouvelle “Déclaration de principes “ :
Le PS considère que l’oeuvre de Marx a été d’importance considérable au XIXe siècle. Cependant, cette oeuvre elle-même n’est plus applicable à la société du XXIe siècle : d’une part, elle ne contribue pas à la transformation du capitalisme ; d’autre part, elle a autorisé, sinon encouragé, la constitution de systèmes politiques “marxistes-léninistes”, instruments majeurs de l’oppression sans fin de milliards de nos concitoyens depuis 1920. Le “socialisme démocratique“ est nécessairement opposé à toute forme de système politique inspiré directement par le marxisme-léninisme et ses variantes trotskystes, maoïstes, castristes par exemple.
Dire cela, mes frères, permettrait d’ouvrir beaucoup de fenêtres et d’esprits. Un Grunberg (Gérard), spécialiste d’Histoire politique, nous l’a rappelé (Journal du Dimanche, le 27 avril). Ajoutons qu’un très récent ouvrage (“Réviser le marxisme“) d’Emmanuel Jouve (Editions de la Fondation Jean Jaurès) repose en pleine clarté la nécessité de l’étude de Bernstein et du révisionnisme. Travail que la SFIO ni le PS n’ont jamais entamé depuis 1899, bientôt 110 ans ! Stupéfiant...
3- L’unicité de l’action du PS.
Certes la parole est et doit rester libre au PS ! Mais quand, à chaque événement, et lorsque les militants ont choisi par un vote, Mélenchon, Lienemann, Emmanuelli, Charasse et combien d’autres proclament — en tant que militants du PS — le contraire, le parti est détruit en tant que force capable de gouverner la nation... On peut rire quand un Glavany proclame que Ségolène a perdu l’élection imperdable et que lui, Glavany, se fait ratatiner à Tarbes dans une municipale que tous lui attribuaient... On peut en rire mais, au fond, là aussi le parti est détruit.
Bien sûr, la limite est imprécise entre liberté d’expression et mise en cause de la “ligne du parti“. Mais les statuts ont prévu des procédures que F. Hollande, tout à la poursuite de l’unanimisme, s’est toujours refusé à appliquer.
4- La nouvelle génération dirigeante.
La mode est à entendre beaucoup cette nouvelle génération. Valls, Dray, Montebourg (ou Moscovici qui se donne trop de mal pour tenter de s’y ranger) et bien d’autres, avoués ou à venir. En ce qui me concerne, je ressens cette irruption comme positive — quelles que soient les arrière-pensées (si, au moins, il y a des pensées ...).
À force de se prosterner devant le “jeune Besancenot”, trop de personnes oublient que celui-là n’a aucune responsabilité dans l’exercice concret de la vie démocratique ; alors que les jeunes socialistes ne sont pas des responsables de parade, eux.
Il est bon (et nécessaire ...) de conclure.
Pour aujourd’hui et très brièvement : le parti saura-t-il encore prendre en
compte l’extraordinaire (au sens précis de ce terme) capacité de Ségolène Royal à établir un lien réel avec le peuple français ?
Là est la vraie question (n’en déplaise à Martine Aubry et à quelques autres) parce que, sauf erreur ou oubli de ma part, le PS a toujours combattu la “démocratie populaire” ; mais il sait — ou
doit savoir — que toute son action est destinée au peuple de la République. Eh oui !
Il me reste à justifier le titre de ce courrier.
Lorsque L. Jospin était premier secrétaire puis premier ministre, il souhaitait parfois s’affranchir de la ligne rigide définie par le congrès ou le Programme... Il disait alors :
“Prenons une respiration... pour pouvoir mieux avancer “. Il devrait bien s’en souvenir aujourd’hui.
Paul Lussault
(13 mai 2008)





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