Partager l'article ! Europe : l'hypothèque irlandaise inquiète les politiques.: L'éventualité d'un rejet du mini-traité européen par les ...

Ces derniers jours encore, les membres de la majorité refusaient d'envisager ouvertement un éventuel rejet, demain, du "mini-traité" européen par les Irlandais. Pour ne pas - disaient-ils - interférer dans la campagne.
Mais les déclarations de Nicolas Sarkozy (qui a promis une initiative franco-allemande quoi qu'il arrive) et de Bernard Kouchner (qui a évoqué la possibilité d'un nouveau vote) ont accru les craintes et délié les langues. A tel point que le député UMP Pierre Lellouche évoque déjà "un remake du référendum français".
Plus prudente mais pas moins franche, Chantal Brunel, porte-parole du parti majoritaire, estime qu'un "non" irlandais "serait un tremblement de
terre et un coup dur pour la présidence française de l'Union, Nicolas Sarkozy ayant initié le traité de Lisbonne".
"Le programme de la présidence française sera renversé et on risque une période assez longue d'immobilisation de l'Europe", pense aussi l'ancien ministre PS des Affaires européennes, Pierre Moscovici, qui juge les déclarations du chef de l'Etat "maladroites" car susceptibles de heurter la "fierté" des Irlandais..
L'eurodéputé UMP Jacques Toubon n'est pas loin de partager ce jugement : "Moins on en dit, mieux ça vaut."
A droite comme à gauche, les euro-convaincus cherchent déjà des recours. Sans percevoir de solution miracle. Même évoquée, la négociation d'un
nouveau traité paraît pour beaucoup improbable. La constitution de "deux zones", selon que les pays de l'UE auraient adopté ou non le traité de Lisbonne, est une option radicale.
Reste la possibilité de faire revoter les Irlandais - comme ce fut le cas sur le traité de Nice - après leur avoir accordé quelques dérogations.
"C'est le plan B le plus évident", souligne le député Nouveau Centre Jean Dionis du Séjour, secrétaire de la délégation de l'Assemblée pour l'Union européenne.
"Chercher à faire revoter les Irlandais serait humiliant. Il faut respecter la volonté des peuples", objecte Pierre Moscovici.
C'est cette même volonté que brandit Jean-Luc Mélenchon, qui espère que les Irlandais "vengeront notre peuple de la forfaiture de Nicolas
Sarkozy et de la trahison des parlementaires socialistes" (qui ont permis une ratification parlementaire).
Le sénateur socialiste est le seul avec l'extrême gauche et la communiste Marie-George Buffet à souhaiter publiquement l'échec de ce référendum.
Car au PS, les lignes ont bougé. L'eurodéputé fabiusien Henri Weber prend ainsi son temps pour expliciter sa position. "Je ne souhaite pas tout
ce qui nous ramènerait au débat institutionnel qui dissipe l'énergie de l'Europe alors qu'il est grand temps de passer aux politiques concrètes", dit-il, avant de glisser : "Un *non*
nous embêterait dans la mesure où on ne voit pas d'alternative."
Henri Emmanuelli, qui a voté "non" au traité de Lisbonne à l'Assemblée, évite de se prononcer sur l'Irlande ("Je ne saisis pas très bien leurs
arguments"), jugeant les conséquences sociales de la politique de la Commission et de la BCE "beaucoup plus graves que le référendum".
"Au PS, les choses se sont apaisées, mais il y a un risque que le "non" irlandais revivifie les plaies", analyse Aurélie Filippetti, la porte-parole des députés socialistes.
Quoi qu'il en soit, le "fossé démocratique" entre l'Union et les populations, souligné de longue date par les partisans du "non", fait désormais réfléchir les plus euro-enthousiastes.
"Il y a un vrai problème de soutien populaire", reconnaît Jean Dionis du Séjour, sur lequel "il est temps" que l'Europe se penche sérieusement.
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