Partager l'article ! Si la thématique fait lélection... avantage Ségolène Royal: En matière électorale, comme en matière de stratégie de ...
En matière électorale, comme en matière de stratégie de marque, le choix du thème de campagne est un enjeu essentiel.
Celui qui arrive à imposer son thème gagne les élections. Je m’explique.
En 2002, le thème de l’insécurité imposé par Jacques Chirac lui a permis d’écarter Jospin avec le "succès" que l’on connaît. L’insécurité, un thème considéré, à tort ou à raison, de droite - selon l’inconscient collectif, les hommes politiques de droite sont considérés comme plus "légitimes" à régler le problème de l’insécurité que les hommes de gauche - a ainsi permis à Chirac de balayer le PS dès le premier tour.
En ces temps d’élections, le choix de la thématique est un enjeu déterminant. Les stratèges qui entourent les candidats travaillent donc sans cesse à l’éclosion de ce thème qui portera leur patron au sommet de l’Olympe politique. Comment impose-t-on sa thématique ?
Première condition : votre thème doit faire écho à un constat inconscient de l’opinion, une sorte de sentiment diffus selon lequel l’origine de leur problème repose sur cette question.
Deuxième condition : ce thème doit "idéologiquement" vous appartenir afin que vous puissiez mieux vous l’approprier par la suite - exemple : la lutte contre la précarité "appartient" à la gauche et la lutte contre l’insécurité "appartient" à la droite.
Troisième condition : votre thème doit précéder le temps médiatique, car une fois que vous l’aurez identifié, ce sont les médias qui infirmeront ou non la validité de votre constat. Exemple : le sentiment d’insécurité en France en 2002 était bien réel. TF1 l’a confirmé avec talent à l’époque.
Alors, quelles sont les thématiques que nos candidats ont cherché à imposer durant cette campagne ?
Pour Bayrou, son thème est la lutte contre le système (médiatique, politique...). Il en a fait son cheval de bataille mais, apparemment, si l’opinion a plutôt réagi favorablement au début, elle marque le pas aujourd’hui. Sans doute la difficulté à faire croire que l’UDF est hors de ce système que dénonce tant Bayrou.
Sarko, lui, a choisi le thème de l’identité nationale. Un sujet polémique qui évidemment appartient à la droite, qui fait écho à une partie de l’opinion - mais à une partie seulement - et sur lequel les médias ne sont pas encore véritablement allés. Le sujet étant sans doute trop "clivant", comme on dit dans le jargon des communicants, pour l’audience.
Enfin, Ségolène, elle, après son début de campagne assez brouillon, semble enfin avoir choisi son thème : le patriotisme. Un thème de droite certes, mais qui est nettement moins « agressif » que le thème de son adversaire et qui surtout fait autant écho à droite qu’à gauche, à la différence de l’identité nationale.
Alors, face à ce constat, deux réflexions.
La première, la société française s’est droitisée ces dernières années.
En effet, qui aurait pu imaginer, 15 ans après la victoire de Chirac sur la fracture sociale et 10 ans après celle de Jospin sur le temps de travail, que les deux candidats principaux à la présidentielle défendraient des thématiques de droite ?
La seconde, que Ségolène vient de faire un coup de maître en choisissant cette thématique, car elle a collé sur sa droite Sarko et le fait passer pour un candidat un peu dangereux et facho sur les bords.
Du grand art quand on sait que Sarko doit aussi surveiller le Pen et ne pas lui laisser un champ libre trop important.
Une priorité maintenant pour Ségolène : transformer cet essai et ne pas faire de cette victoire une victoire à la Pyrrhus. Le patriotisme reste un thème de droite que Sarko pourrait essayer de lui reprendre.
Il reste une poignée de jours : Avantage Ségolène.
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