Vendredi 5 mars 2010
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11:30
La tempête et ses drames ont mis la campagne électorale des régionales entre parenthèses. Samedi dernier, entre une visite à la foire de Rouillac et une réunion à Cognac et avant que les éléments
ne se déchaînent, Ségolène Royal nous a accordé un moment.
Impossible de lui arracher un mot sur l'affaire Frêche ou sur la présidentielle de 2012. La présidente de la Région, candidate à sa succession, est à 150% picto-charentaise, sur le mode à chaque
jour suffit sa peine. Si les sondages lui sont favorables, la campagne n'est pas un long fleuve tranquille. L'union, si elle doit se faire, est une épreuve. Attaquée, elle concentre ses tirs sur
Bussereau-Sarkozy, ses remarques acerbes sur les Verts, et vante bilan et programme.
Les sondages vous donnent d'ores et déjà gagnante. La campagne n'est-elle qu'une formalité ?
Ségolène Royal. On fait une campagne de continuité. Ce n'est pas la peine de saouler les gens, ils connaissent notre bilan, ils sont même impressionnés par ce qui a été réalisé. En revanche,
dans toutes les rencontres, les réunions publiques, on sent une véritable angoisse, un sentiment d'abandon. C'était le cas à Rouillac avec le désengagement de l'État à hauteur de 50.000 euros pour
le Vingt-Sept. Dans ce contexte, la Région apparaît comme un lieu qui prend soin des gens, qui protège.
Votre politique d'ouverture vers le MoDem a créé et crée des remous au PS. Vous arrive-t-il de douter de votre choix ?
Le doute non, l'examen perpétuel des décisions oui. J'écoute et j'arrête ce que je pense être bon pour l'intérêt général. Selon moi, c'était l'union la plus large dès le premier tour et d'abord
avec les Verts et le PC. Ils ont choisi une autre voie. Des centristes ne se reconnaissent plus dans la politique de la droite. Dès lors, au nom de quoi leur fermerais-je la porte ? Je sais que ça
bouscule, mais nous ne sommes pas au service de nous-mêmes, nous ne sommes pas les gardiens du temple. Nous avons le devoir de rassembler tous ceux qui sont contre la politique de Sarkozy, contre
le libéralisme échevelé que porte aussi Dominique Bussereau, qui est l'un de ses ministres.
Votre victoire passera par des alliances. Or, le ton d'Europe écologie ne promet-il pas un entre-deux tours délicat ?
Les Verts entrent dans une logique d'agressivité. Ils me critiquent davantage qu'ils ne critiquent Dominique Bussereau. Ils sont dans le dérapage. Or, ils ne peuvent pas contester notre bilan
puisque c'est aussi le leur. Ils étaient avec nous depuis 2004. Je leur ai proposé onze places, dont la première vice-présidence. Leur leader, Françoise Coutant, m'avait demandé un pacte de
non-agression. Je crois que nous sommes les seuls à le respecter ! Qu'ils ne fassent pas campagne sur mon dos.
Craignez-vous la triangulaire qu'Europe écologie brandit comme une menace ?
Ce n'est pas aux appareils parisiens de décider de ce qui passe en Poitou-Charentes. Les Verts sont dans la politique politicienne qu'ils dénonçaient autrefois. Je suis choquée des insultes qui
pleuvent sur Georges Stupar, le vice-président Vert qui a choisi de repartir avec moi. Je réclame l'esprit de liberté par rapport aux appareils.
Les électeurs jugeront de qui se bat pour l'intérêt de la région et de qui se complaît dans une logique d'appareil.
Que répondez-vous au reproche d'hyperprésidente qui vous est fait ?
J'assume mes responsabilités de présidente. Si vous pensez au différend qui m'a opposée à Jean-François Fountaine (1), je réponds qu'il n'y a pas deux présidents. Mais contrairement à la légende,
je suis sans doute la présidente de région qui délègue le plus, au travers des élus référents dans les territoires, au travers des présidents de commission aussi.
Marie Legrand, par exemple, vice-présidente (Verts), a géré le fonds d'excellence environnementale, soit plusieurs dizaines de millions d'euros.
La mandature ne va durer que quatre ans au lieu de six pour cause de réforme territoriale. Qu'en pensez-vous ?
D'abord, sur la lancée du mandat précédent, on peut bien travailler en quatre ans. Ce ne serait pas le cas pour une équipe nouvelle ! Ensuite, une seule vraie question mérite d'être posée : est-ce
que la réforme territoriale va améliorer la vie des gens (2). On pouvait faire bien plus simplement, on n'en était pas loin. Au lieu de quoi, l'État mène une opération de recentralisation. Et pour
une seule raison : Nicolas Sarkozy ne supporte pas les contre-pouvoirs. Il veut reprendre la main sur les bastions de gauche. Depuis qu'il est élu, il n'a jamais réuni les présidents de région et
département. Il nous considère comme des obstacles.
Depuis trois ans, le budget est stable ; depuis cinq ans, l'impôt n'augmente pas. Est-ce durable ?
Oui, parce que deux gros chapitres, les lycées et les trains régionaux, ont été réalisés durant le mandat qui s'achève. Oui, parce que nous optons pour une façon moderne de faire de l'économie, en
impulsant, en mettant en marche, ce qui génère de l'activité et de l'emploi. C'est ce que nous avons fait avec les énergies renouvelables. Oui enfin, parce que je suis très présente et très
attentive aux dépenses et aux économies. Je sais que ça râle dans certains lycées parce que nous avons serré les budgets. La Région n'est pas là pour leur faire des fonds de réserve. Qu'ils
râlent.
Dans le dossier Heuliez, ne courez-vous pas le risque de provoquer la déception si ça ne redémarre pas ?
Ceux qui ne font rien me critiquent. Je dérange car je n'accepte pas que l'industrie française disparaisse dans le silence. Quand Bussereau annonce l'arrivée de Bolloré dans le capital d'Heuliez,
ce qui est farfelu, personne ne dit rien. Oui, j'ai sollicité des mutuelles, et j'espère qu'elles reverront leur position. J'ai aussi sollicité les patrons de Renault, de Peugeot. Des ingénieurs de
chez Renault sont venus chez Heuliez et ont reconnu la qualité de l'outil, mais on est dans un monde ultra-libéral avec un État qui fait preuve de mollesse et d'absence de stratégie. Sarkozy avait
promis 10 millions, ils sont où ? On avait une solution toute simple: que Renault, qui touche 4 milliards des contribuables, investisse 15 millions dans Heuliez.
Des restaurateurs viennent de dénoncer le mauvais état des centres de formation des apprentis. Pourquoi ce dossier n'a-t-il pas été réglé ?
On aurait aimé le régler, mais quand j'ai vu qu'on nous présentait des projets de bâtiments à 20 millions d'euros, j'ai estimé que ce n'était pas raisonnable. Je vais m'y atteler personnellement
pendant le prochain mandat. Il faut aller vers des constructions en bois, avec de nouveaux matériaux performants et beaucoup moins chers. Les bâtiments actuels n'ont pas été entretenus et
maintenant, on dit «la Région doit payer des sommes hallucinantes». Nous allons lancer un concours avec une enveloppe fixe et sans intermédiaire.
(1) Jean-François Fountaine, premier vice-président en charge des finances, voulait une hausse des impôts, Ségolène Royal a refusé et l'a démis de ses fonctions.
(2) En 2014, on élira des conseillers territoriaux qui siégeront à la fois au Département et à la Région.
Source :
La Charente Libre.
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