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Témoignage de Jean Baubérot, historien et sociologue qui fut aussi conseiller de Ségolène Royal, ministre déléguée à l'Enseignement scolaire :
propos recueillis par Jean-Luc MOUTON
Dans quelles conditions avez-vous été amené à faire partie du cabinet de Ségolène Royal ?
J’ai publié, en 1997, un ouvrage sur la morale laïque que l’éditeur a envoyé à diverses personnalités, dont Ségolène Royal. Elle était alors ministre déléguée à l’Enseignement scolaire. C’est
elle qui a pris contact avec moi, ce qui est bien dans sa manière, simple et directe. Lors de ce rendez-vous, j’ai été séduit par sa spontanéité et sa disponibilité. Elle m’a proposé de m’occuper
des «initiatives citoyennes» qu’elle venait de lancer. Il fallait impulser une formation à la citoyenneté et soutenir les expériences intéressantes déjà faites par certains professeurs.
J’ai accepté de tenter l’aventure pour six mois. J’y suis resté treize mois et je suis parti quand j’ai été élu président de l’Ecole pratique des hautes études.
Quels souvenirs gardez-vous de son comportement avec ses collaborateurs ? Certains ouvrages récemment parus la décrivent comme cassante, dure,
autoritaire…
Elle est avant tout très exigeante. Elle s’estime chef d’orchestre et a des objectifs précis. Il faut que ses divers collaborateurs fonctionnement à partir du tempo qu’elle donne. Au début, je me
suis fait un peu «remonter les bretelles» car j’avais l’habitude de commander et donc je prenais des initiatives sans lui en référer. Mais je peux témoigner qu’elle l’a toujours fait en me
respectant, en m’expliquant ce qui n’allait pas, jamais devant d’autres personnes du cabinet... et avec un charmant sourire ! Je ne l’ai jamais trouvé cassante. Et j’ai vite compris comment il
fallait fonctionner. Par contre, une fois l’erreur venait d’elle, elle l’a assumée sans essayer de me faire porter le chapeau. C’est assez rare pour être noté.
Je pense qu’une femme qui fait une carrière politique est forcément un peu autoritaire. Certains hommes n’acceptent pas facilement d’être commandés par une femme.
Ses détracteurs la disent encore obsédée par les questions d’image et de présence dans les médias depuis de longues années…
Elle est soucieuse de son image, cela au service de ses convictions. Elle a de vraies convictions.
Interview parue dans le N° 3210 du magazine Réforme
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